Des capucins prudents face à la tentation ?

Anthony Roig

On ne se comporte pas de la même manière dans nos prises de décision dîtes « risquées » selon que l’on se base sur des probabilités clairement définies et accessibles de la situation, ou sur nos expériences antérieures face à l’incertitude, sans connaissance préalable des conséquences de ladite décision. Ce processus, connu sous le nom de Description-experience gap, a été largement étudié chez les êtres humains mais demeure encore peu investigué chez les primates non humains. Ici, Anthony Roig, dans le cadre d’une étude post-doctorale réalisée en collaboration avec Elsa Addessi de l’Université de Rome et Helene Meunier du LNCA & Centre de Primatologie de l’Université de Strasbourg a étudié les comportements de 15 capucins bruns (Sapajus spp.) dans de telles situations. Cette espèce est reconnue pour sa flexibilité cognitive, sa capacité à s'adapter à des environnements incertains et sa propension au risque est particulièrement bien documentée. 

La tâche implique un choix binaire entre une option « sécurisée » qui donne toujours une récompense alimentaire et une option « risquée » qui propose quatre fois plus de récompenses mais avec quatre fois moins de probabilité de les obtenir. Deux conditions expérimentales sont ainsi proposées : a) description : les probabilités sont clairement présentées visuellement, un choix parmi quatre contenants dont un seul contient une récompense (Fig. a); b) expérience : un seul contenant qui contient quatre récompenses dans 25% des situations seulement (Fig. b). 

Bien que prudents dans les deux conditions, les capucins ont choisi l'option risquée plus souvent dans la condition description que dans la condition expérience. L'accès visuel aux probabilités semble donc favoriser une attitude plus prône au risque que l’expérience directe. De plus, les capucins disposant d’un passé expérimental plus étendu manifestent des profils décisionnels plus uniformes entre les deux conditions, tandis que ceux ayant moins d’expérience tendent à prendre plus de risques dans la condition expérience. 

Ainsi, l’attitude face au risque chez les capucins dépend aussi de la modalité d'acquisition de l’information probabiliste. Connaître une probabilité par description et l'avoir vécue ne produisent pas les mêmes comportements décisionnels, même lorsque l'information objective est identique. Ces résultats contribuent à clarifier les mécanismes évolutifs de prise de décision en situation d'incertitude, offrant des perspectives précieuses sur la manière dont les facteurs écologiques, démographiques et expérientiels façonnent conjointement la prise de décision chez les primates. 

Lien vers l'article